La fausse couche • Fin 2018 et c'est encore tabou



26.09.2018 | Foutu pour cette fois. Mais à part nous deux, tout le monde s'en fout puisque personne ne sait. Forcément.

C'est tabou la fausse couche, ça fait peur. Ça fait tellement peur qu'on annonce les grossesses seulement à la fin du premier trimestre en général, parce qu'avant, on ne sait pas trop ce que ça va donner.

On est bien d'accord, c'est très sûrement moins douloureux qu'un accouchement même avec péri. Ce ne sont "que" des contractions finalement. Le problème avec la fausse couche, c'est qu'outre la douleur physique, on sous estime trop souvent la douleur psychologique que cela représente pour une femme qui s'était préparée à enfin devenir maman, un homme qui avait commencé à réaliser qu'il allait être appelé "Papa" et pour le couple de manière générale.

Même l'équipe médicale prend ça à la cool. "Vous inquiétez pas Madame, vous êtes jeune et en bonne santé, vous aurez vite un autre bébé en route. C'est normal, c'est fréquent, pas d'inquiétude. 1 grossesse sur 10 est concernée, grosso merdo." OUAIS.

Si on compte les fausses couches ultra précoces qui arrivent avant même qu'on se rende compte qu'on a un polichinelle dans le tiroir, je suis d'accord. Pour celles qui arrivent bien après, je trouve ça limite d'adopter ce type de discours. Bien sûr qu'on en fera un autre de bébé. Est-ce qu'on a le choix ? Non. Mais à quel moment tu connectes les neurones qui te restent en te disant que toute femme normalement constituée espérait/attendait/voulait CE bébé là ? Que le but premier d'une grossesse, c'est d'accoucher d'un truc tout visqueux d'environ 3/4 kilos, rose/violet/gris/peu importe tant qu'il respire, bouge, crie et non pas de la foirer en cours de route ?

C'est pas parce qu'on connaît les risques des premiers mois et qu'on sait que c'est susceptible d'arriver que ce n'est pas dur psychologiquement. On fait très attention aux séquelles physiques, écho de contrôle etc, mais on sous estime trop l'épreuve psychologique que cela peut représenter.

Bien sûr qu'on finit par s'en remettre. Le temps guérit tout. Mais c'est pas parce que tu finis par aller mieux que t'en baves pas avant.

Ce qui m'a le plus choquée dans cette histoire, outre le discours du gynéco (et encore, pour lui ça doit tellement être fréquent qu'en effet, il n'y accorde plus trop d'importance...), c'est le manque d'informations officielles (comprendre : des infos provenant du dit gynéco), sur les fausses couches.

"C'est fini, vous avez perdu votre bébé, attendez le retour de vos règles et recommencez, il n'y a pas de raison pour que ça ne marche pas." OUAIS (2).

"Surtout, n'allez pas voir sur Internet, ne regardez pas les forums et toutes ces merdes. Ça se fera naturellement, c'est tout ce qu'il y a à savoir." Ah, merci. C'est vrai que si ça se fait naturellement, ça change tout, faut pas chercher à savoir ce qui se passe dans ton bide.

Donc, tu rentres chez toi et tu vas voir les forums. Ces mêmes forums qui te disent de te méfier parce que t'as peut-être un cancer des sinus, une tumeur au cerveau et une nécrose des amygdales, alors qu'en vrai t'as juste un vieux rhume et qu'après 4-5 jours dans la peau d'une morveuse ambulante, ça ira mieux, que tu ne vas pas mourir. Bref, ces forums là, où tu trouves tout et n'importe quoi... Alors t'essayes de faire le tri comme tu peux. Mais si l'équipe médicale abordait un peu plus le sujet au moment venu, on ne psychoterait pas autant et on encaisserait peut-être mieux. Peut-être.

La plupart du temps, on se retrouve seule. Seule parce que ton mec/mari a du mal à digérer la pilule lui aussi, même s'il fait genre de rien et que tu n'as pas envie d'en rajouter une couche ou de remuer le couteau dans la plaie. Seule parce que tes ami(e)s n'étaient pas au courant que tu avais un petit pois chiche dans le bidou. Seule parce que ta famille ne se doutait pas que si t'étais fatiguée, ce n'était pas seulement parce que tu regardais des séries Netflix au lieu de dormir avant de retourner bosser le lendemain. Seule comme une vieille chaussette oubliée au fond d'un sac de sport, parce que les débuts de grossesses sont tabou. Tu te protèges, "au cas où" ça se passerait mal. Et puis au final, quand ça se passe mal, t'as personne. Puis comme t'es un peu maso, tu te dis que quand tu retomberas enceinte, tu attendras 3 mois pour le dire à ton mec aussi. Des fois que.

"Ce n'est pas encore un bébé, c'est un embryon Madame." OUAIS (3).
"La nature est bien faite, si l'embryon tombe c'est qu'il n'était pas viable, qu'il avait sûrement un problème chromosomique." OUAIS (4). Peut-être.
Mais quand tu cohabites deux mois avec une petite chose, que tu étais censée faire grandir calmement et sans encombre, puis que du jour au lendemain t'es pliée en deux sur ton canapé à faire 15 aller-retours-minute aux wc et que ça dure plusieurs jours histoire que tu aies bien le temps de réaliser ce qui se passe, tu t'en tamponnes pas mal de la théorie de l'embryon, des anomalies chromosomiques et des fausses couches fréquentes du premier trimestre.

Alors c'est peut-être tabou, mais qu'on se le dise (ça servira peut-être à quelques personnes qui passeront par là) : on a le droit d'être informée, on a le droit d'être épuisée, on a le droit de rigoler en regardant une pub bidon et de chialer 30 secondes plus tard devant la pub Pampers ou Blédina, on a le droit d'avoir le moral dans les chaussettes et on a le droit de rougner/de s'exprimer si on en a envie/besoin. Et OUAIS (5) on a le droit d'être triste, parce que même si on sait qu'on finira par retomber enceinte, ce petit pois chiche là ne reviendra jamais.

Sur ce c'est bon : j'ai fini de râler, ça fait du bien.

Tchuss.

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