Dix jours.


Cela fait maintenant dix jours que l'impensable s'est produit. Dix jours que chacun d'entre nous se demande où va le monde dans lequel on vit. Dix jours qu'on se demande comment certaines personnes peuvent à ce point manquer d'humanité et de respect pendant qu'elles font preuve d'autant de cruauté, de bêtise et de lâcheté. 

J'ai vu ces derniers jours, fleurir partout sur la toile articles, photos, vidéos et encore tout un tas d'autres moyens de soutenir la France, les français et les parisiens. Je ne pensais pas écrire ici à ce sujet, jusqu'à aujourd'hui. Je ne voulais pas noyer mes mots dans des milliers d'autres par peur de remuer encore une fois le couteau dans cette plaie, qui dégouline encore de deuil, d'incompréhension, de tristesse et de rage.

Trop de personnes ont perdu la vie, ont été blessées, restent profondément choquées et marquées au fer rouge. Je ne voulais pas écrire car beaucoup le font mieux que moi. Puis en fin d'après-midi, j'ai reçu ce texto d'un de mes meilleurs amis. Il habite Paris. Quand j'ai vu à la télévision ce qu'il se passait ce Vendredi 13 Novembre, mes premières pensées sont allées vers lui. Je lui ai envoyé un texto, auquel il n'avait pas répondu. J'ai eu peur quelques heures, puis j'ai vu qu'il avait indiqué se trouver en sécurité sur Facebook. Tout allait mieux, alors. Je me suis dit qu'il était surement en week-end quelque part avec sa chérie. Depuis plus de nouvelles. Puis j'ai eu son message, dix jours après, à 16h52. Il y était. Il était au Bataclan ce soir là. Il a vécu l'horreur lui aussi. Par chance, il en est sorti indemne. Mais ça aurait pu être lui, comme tant d'autres. Mon sang s'est glacé à la lecture de ce message. Je sais qu'il reste profondément choqué par cet évènement. On se rend compte de ce qu'il s'est passé. On s'en rend compte mais on ne réalise qu'à moitié.

Pour lui, pour ces personnes arrachées à la vie, pour ces personnes blessées, pour les rescapés qui resteront choqués à vie, pour les proches de toutes ces victimes, pour les moins proches, pour les générations passées, pour notre génération et pour les futures, pour ceux et celles qui ont beaucoup à dire mais qui ne trouvent pas les mots, pour ceux et celles qui n'osent pas ou ne savent pas comment faire, il faut écrire. Au nom de cette liberté d'expression qui avait déjà été visée avec Charlie. Il faut écrire. Il faut le dire, même si c'est une fois de plus, même si c'est un article parmi des milliers.

Comme beaucoup, je n'habite pas Paris. Je n'ai pas été "directement" concernée par cette tragédie. Cependant cet évènement a touché chaque personne. Et ce dans le monde entier. Je n'habite pas Paris et j'ai eu la chance de n'avoir perdu personne ce fameux soir du 13 Novembre. Pourtant, je me sens concernée par ce qu'il se passe aujourd'hui dans mon pays. Aujourd'hui plus que jamais, malgré les tensions sociales, les discordes politiques, les désaccords en tous genres, nous sommes unis. Unis contre un tourbillon d'horreur, de bestialité et de tyrannie. Ce tourbillon a malheureusement réussi à prendre des vies ce soir là. Trop. Mais il n'aura jamais notre pays.

La France est un pays libre. Tous autant que nous sommes, nous aimons profiter de la vie. Nous aimons sortir, voir des amis. Nous rions, attablés aux terrasses en buvant un café, un sirop ou encore un whisky en sortant du travail. Nous profitons chaque jour de la chance que nous avons de pouvoir faire ce que nous voulons, quand et où nous le voulons, avec qui nous le voulons et comme cela nous plaît. Liberté, égalité, fraternité. Telle est notre devise depuis de très nombreuses années, mais elle n'a jamais autant signifié à nos yeux qu'aujourd'hui. Bien sûr, la France a déjà été en guerre. Mais notre génération n'avait jamais connu de la guerre que ce qu'on a bien voulu nous enseigner à l'école, ou ce que nos grands-parents nous racontaient. Aujourd'hui nous commençons à comprendre. Ce 13 Novembre, c'était cette jeunesse heureuse et insouciante, parfois trop décousue mais profondément libre qui était visée. Et malgré toute la douleur des familles, des proches, des jeunes, des moins jeunes, nous continuerons. Nous continuerons à être des citoyens libres et heureux. Parce qu'en dépit de toute chose, la vie continue. Notre pays s'est battu pour que nous puissions profiter à l'heure qu'il est de cette liberté qu'on ne sait reconnaître et apprécier que dès lors qu'elle est atteinte. Des générations entières se sont battues pour que nous puissions aujourd'hui sortir dans les rues, danser, chanter, fumer, boire et baiser, vivre libre et ensemble dans ce pays que l'on critique souvent mais qui est si cher à nos cœurs.

Il ne faut pas l'oublier. Jamais. Et surtout, il faut continuer à protéger notre pays, à protéger toutes ces libertés que nous avons mis tant de temps à acquérir. Nous, français, on n'a pas tous des armes, mais on a un cœur. Pour l'amour de nos proches, de la vie, de la liberté, de notre pays, on saura se battre et montrer une fois de plus qu'on n'abandonnera jamais.

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